LES BASES SCIENTIFIQUES
DE LA GRAPHOLOGIE



Recherche faite par Michel De Grave, graphologue et psychanalyste de Bruxelles.






Travaux en langue allemande

Au début du XXème siècle, la graphologie allemande est déjà constituée sur des bases très rigoureuses. On peut citer les quatre noms suivants comme les plus significatifs de cette première époque:

· Le Dr Georg Meyer (1869-1917), psychiatre à Berlin, étudie la répercussion des émotions sur l'écriture (par exemple états de dépression et de manie rattachés aux écritures hypokinésiques et hyperkinésiques). Il remarque que le début des mots, lignes et phrases reflète plus l'intention consciente du scripteur, et la fin, une attitude plus inconsciente (Cela avait déjà été formulé en France par Michon, mais de manière plus empirique).

· W. Preyer (1841-1897), professeur de physiologie dans plusieurs universités dont celle d'Iéna, est le fondateur de la graphologie scientifique allemande (cfr Klages, Graphologie, pp. 34 et 36).

· Le Dr Georg Schneidemühl, professeur à l'Université de Kiel, publie en 1911 un ouvrage magistral de 300 pages, Handschift und Charakter.

· La méthode de Ludwig Klages (1872-1956) n'est pas statistique, mais la science de l'expression qu'il étudie, et dont la graphologie ne constitue qu'une petite partie, s'inspire des théories de Darwin. Chef de file de la philosophie vitaliste allemande, Klages a aussi étudié la psychologie et est docteur en chimie. Sa graphologie se fonde en grande partie sur Preyer, et reste l'un des fondements de la graphologie actuelle.

Si l'on veut une idée de l'ampleur des travaux allemands plus récents, on peut se référer par exemple au manuel de graphologie le plus utilisé en Allemagne, celui de Müller-Enskat, Graphologische Diagnostik, Verlag Hans Huber, qui dans son édition de 1987, comporte une annexe de 23 pages dénombrant 99 travaux de validation effectués rien qu'en allemand (analyse factorielle et autres méthodes statistiques). Et ce nombre s'est bien entendu accru depuis 1987. La majorité de ces travaux ont été réalisés dans le cadre d'universités allemandes.

Le principal auteur de ce manuel, W. Müller fut lui-même professeur de graphologie à l'Université de Berlin. C'est un scientifique rigoureux qui est aussi médecin et ingénieur. Il étudie notamment les correspondances entre l'écriture et les types d'E. Spranger, auteur de Lebensformen, geistwissenschaftliche Psychologie und Ethik des Persönlichkeit, traduit en anglais sous le titre Types of men. Ces types de Spranger sont à la base du test Study of value d'Allport, Vernon et Lindsey, adapté en français par R.H. Schevenell (Université d'Ottawa). Les correspondances entre les types de Spranger et l'écriture ont été recoupées par de nombreux travaux ultérieurs, notamment par A. Enskat, A. Ziegler, P.F. Secord, R. Pophal, H. Pfanne, R. Pokorny, etc. Le propre d'une méthodologie scientifique est en effet d'être publiée, et de pouvoir être recommencée et vérifiée par d'autres.

D'autres recherches ont été menées à l'Université de Berlin, comme celle d'E. Babst. Dans la même ville, Maria Hepner a étudié l'écriture des enfants au Centre psychiatrique de Berlin-Kreuzberg.

Citons encore les cours et travaux de graphologie trop nombreux que pour être cités ici, des professeurs Hans Knobloch (Université de Mayence), Ursula Avé-Lallemand, Lutz Wagner et Norbert Bischof (Université de Munich), Isolde Emich et Hönel (Université de Vienne).

Parmi les travaux de professeurs et chercheurs de l'Université de Freiburg en Brisgau, on trouve des élèves de Robert Heiss, professeur de psychologie, graphologie et philosophie dans cette Université, où il est le collègue d'Heidegger. A signaler particulièrement: les importantes recherches de validation faites par le Prof. Lockowandt (Ecole supérieure de Pédagogie de Bielefeld) dans le domaine de la validation de la graphologie, notamment pour la sélection du personnel. Citons par exemple pour les années 60:

· J. Fahrenberg, Graphometrie, 1961.
· J. Fahrenberg et W. Conrad, «Eine explorative Faktorenanalyse graphometrischer und psychometrischer Daten», Zeitschrift für experimentelle und angewandte Psychol., 1965, 12, 223-238.
· H. Unkel, Eine Faktorenanalyse graphmetrischer und psychometrischer Daten, 1964.
· K. Adolfs, Faktorenanalytische Untersuchung der gebräuchlichten Handschriftenvariablen, 1964.
· Ulrich Timm, Graphometrie als psychologischer Test? Eine Untersuchung der Reabilität, Faktorenstruktur und Validität von 84 Schriftmerkmalen, 1965.
· U. Timm, Graphometrie als psychologischer Test, 1965.
· Dr Lockowandt, Farktorenanalytische Validierung der Handschrift mit besonderer Berücksichtigung projektive Methoden, Universté de Freiburg, 1966 (En français voir La graphologie, N° 119, 1970).
· G. Prystaw, Beitrag zur faktorenanalytischen Validierung der Handschrift, 1969.
· H.-W. Linster, Eine Validitätsuntersuchung graphometrischen Variablen, 1969.

Il est impossible de citer tous les travaux de ceux qui ont travaillé à la Nervenklinik de l'Université de la Sarre: G. Fischer, W. Hofsommer, R. Holdworth, T. Wallner, I. Schneevooigt, etc. Le livre de ce dernier, Graphologische Intelligenzdiagnose, Handschrift und Intelligenzniveau, renvoie lui-même à environ 120 autres travaux de validation sur le sujet. Rien que T. Wallner a publié plus de 20 livres et articles sur différents aspects de la validation statistique de la graphologie, dont «Neue Ergebnisse experimenteller Untersuchungen über die Reliabilität von Handschriftvariablen», Zeitschrift für Menschenkunde, 1962, 26, 257-269 (voir autres articles du même auteur dans la même revue: 1966, 30, 380-387; 1968, 32, 438-445; 1969, 33, 191-197; 1970, 34, 280-300; 1994, 158-163; 1997, 102-111). Voir aussi du même auteur, «Graphologie als Objekt statistischer Untersuchungen», Psychologische Rundschau, 1965, 16, 4, 282-298. On notera encore l'étude de W. Hofsommer, R. Holdsworth et T. Seiffert, «Reliabilitätsfragen in der Graphologie», Psychol. und Praxis, 1965, 9 (1), 14-24.

Certains travaux du Dr Arno Müller, graphologue, neurologue et psychiatre à la Clinique universitaire de Hombourg (Sarre), sont résumés en français par exemple dans «Recherches sur l'écriture des schizophrènes», La graphologie, N° 131, pp. 17-39.

On doit des travaux de validation sur 12 facteurs de personnalité et sur 4 structures de personnalité (hystérique, dépressive, schizoïde et obsessionnelle) à B. Wittlich, professeur de graphologie à l'Université de Kiel ayant une formation mathématique et statistique, en collaboration avec une équipe de psychiatres de la faculté de médecine de Kiel, sur base de leurs diagnostics et de leurs dossiers. Ses conclusions confirment les observations des graphologues antérieurs. Wittlich a mené diverses recherches, par exemple sur la manière dont l'alcool modifie l'écriture (voir en français La graphologie, N° 105, 107, 184).

Les constitutions de Kretschmer ont fait l'objet de nombreux travaux de corrélation avec l'acriture, par exemple ceux de cinq médecins, les Dr S.G. Jislin («Körpebau, Motorik, Handschrift », Zeitschrift für die gesamte Neurologie und Psychologie, 1925, 98, pp. 518-523), Ego Fenz («Körperbau und Hand-schrift», Zeitschrift für Menschenkunde, 1936-37, 12 (4), pp. 187-204), Friedrichs Steinwachs («Psy-chodiagnostische Studien an Schreib- und Griffdruck», Zeitschrift für Psychotherapie und medizinische Psychologie, 1952, 41-47), Rudolf Ellinger, «Temperament, Konstitution, und Schriftbild», Grapholo-gische Schriftenreihe, 1964, 137-151), et Chr. Dettweiler («Abteilung einiger Merkmalsbefunde aus tiefenpsychologischen Triebstrukturen»,Graphologische Rundschau, 1968, 64-71).

Bien qu'ils ne relèvent pas d'une étude statistique, il faut mentionner les remarquables travaux du Dr Pophal, professeur de graphologie et de neurologie à l'Université de Hambourg, qui appuie la graphologie sur la neurologie, et qui ont été complétés notamment par les travaux du Prof. Suchenwirth.

Le professeur Dr H. J. Haase (Klinkenmunster) a étudié l'écriture des malades de la clinique neurologique de l'Université de Bonn puis à la Pfalzklinik de Landeck dont il fut directeur. Spécialiste de l'action de la chlorpromazine sur le système pyramidal, il a commencé ses travaux graphologiques en 1953, mesurant les variations de certaines variables graphologiques (notamment le degré de tension selon Pophal) chez les patients (plus de 50.000 observations en 25 ans, entre 1953 et 1979) pour déterminer la quantité optimale de médicaments à administrer aux schizophrènes. Il a ensuite introduit cette méthode dans les cliniques psychiatriques de Berlin, Rostock et Budapest (Communications aux congrès de graphologie de Salzbourg 1979 et 1985; Revue La graphologie, 157, pp. 43-44; 184, p. 50).

Ayant du fuir l'Allemagne nazie, c'est en France que, financé par le FNRS, Walter Hegar termina ses recherches. Il est l'auteur de La graphologie par le trait.

Une recherche désormais classique est celle de Roda Wieser, experte du tribunal de Vienne, qui étudie les écritures de 694 criminels et en dégage des caractéristiques qui seront confirmées par les recherches faites suivant une autre méthodologie (corrélations avec la réaction e- au test de Szondi).

En Suisse, citons les travaux graphologiques du psychologue Max Pulver (1889-1952), qui rencontra Bleuler à la Sorbonne où il suivit les cours de Bergson et de Pierre Janet dont on sait l'intérêt pour la graphologie. C'est à Paris qu'il découvre la graphologie et la psychologie des profondeurs en étudiant les écritures de malades mentaux. Il fonde la Société suisse de graphologie.

Une graphologue et psychologue de Bâle, Marie-Anne Meier, a comparé les écritures et le test de Rorschach, sur le plan du narcissisme (Exposé au congrès de Salzbourg, 1979).

Plus récemment, citons par exemple les travaux du Dr Dettlev von Uslar, professeur de psychologie à l'Université de Zurich présentés au congrès de graphologie patronné par cette université en 1999.

Citons encore les articles suivants, à titre d'exemple, dans deux revues de psychologie:

· Fischer G., «Zur faktoriellen Struktur der Handschrift», Zeitschrift exp. angew. Psychol., 1964, 11, 254-280.
· Hofsomer W. et R. Holdsworth, «Die Validität der Handschriftenanalyse bei der Auswahl von Piloten», Psychol. und Praxis, 1963, 7, 175-178.
· Seifert T., «Faktorenanalyse einiger Schriftmerkmale», Zeitschrift exp. angew. Psychol., 1964, 11, 645-666.

Travaux en langue anglaise

Dès 1933, l'ouvrage, classique, de G.G. Allport et P.E. Vernon, Studies in expressive movements, confirme la validité des hypothèses de la graphologie - pourtant naissante - de l'époque:

«From our results, it appears that a man's gesture and handwriting both reflect an essencially stable and consistent individual style... Furthermore, the evidence indicates that there is congruence between expressive movement and the attitudes, traits, values, and or other disposition of the inner personality» (pp. 247-248).

Parmi les nombreux travaux en langue anglaise parus depuis, on peut citer par exemple:

· L. Harvey, «The measurement of Handwriting considered s a form of expressive movement», Char. and Pers., 2, 1934.
· J. Eysenck, «Graphological Analysis and Psychiatry: An experimental Study», Brit. Journ. Psychol., 35, 1945.
· Olga Marum, «Character assessments from Handwriting», J. ment. Sci., 1945, 91, 22-42.
· Pascal and B. Suttel, «Testing the Claims of a Graphologist», J. Personality, 1947, 16, 192-197.
· Secord, «Studies of the relationship of the Handwriting to Personality», J. Pers., 1948, 17, 430-448.
· Eysenck, «Neuroticism and Handwriting», J. of Anormal and Social Psychol., 43, 1948.
· Lorr, L.T. Lepine et J.V. Golder, «A factor analysis of some handwriting characteristics», J. Pers., 1954, 22, 348-353.
· Birge, «An experimental inquiry into the measurable handwriting correlates of five personality traits», J. of. Pers., 1954, 23, 215-223.
· Linton H. B., «Personality and perceptual correlates of primary strokes in handwriting», Perceptual and motor skills, 1962, 15, pp. 159-170.
· Galbraith D. et Wilson W., «Reliability of graphoanalytic approach to handwriting analysis», Perceptual and motor skills, 1964, 19, pp. 615-618.
· Frederick, «An Investigation of Handwriting of Suicide patients through suicide notes», J. of abnormal psychol., 1968, 73, 263-267.
· Cantril, H.A. Rand et G.W.Allport, An additionnal study of the determination of personal interests by psychological and graphological methods.
Les travaux de graphométrie (graphologie simplifiée, ramenée à un petit nombre de facteurs) de Théa Stein-Lewinson (chargée de recherche à l'Université Columbia) ont été poursuivis en France par J. Salce (auteur d'un doctorat d'Etat en psychologie sur la graphométrie) et son équipe.

Robert Backman de la Handwriting Analysis Research Library a publié une monographie intitulée Graphological abstract, Vol. 1: 1926-1966, qui contient plus de 850 résumés de publications d'articles sur des recherches en graphologie. Le volume II (1967-1994) est en préparation.

On peut citer enfin James Green et Davis Lewis, The hidden language of your handwriting, Souvenir Press, 1980, 252 pp., qui contient une bibliographie intéressante d'articles de graphologie publiés dans des revues scientifiques.

Travaux en langue française

Dès la fin du XXème siècle, la graphologie naissante intéresse le monde scientifique qui lui confirme en retour la validité de ses bases.

Le psychiatre Pierre Janet (1859-1947) et le Prix Nobel 1935, Charles Richet, s'intéressent à la graphologie et ont même présidé l'un et l'autre des congrès de la Société de graphologie. Janet, Charles Richet, les Dr Ferrari et Héricourt, membres de la Société de psychologie scientifique, valident la graphologie par l'hypnose (1886) et concluent, avec le philosophe Th. Ribot, que l'écriture, comme les autres gestes, étant sous la dépendance directe du cerveau, varie avec les états permanents ou passagers de la personnalité. Ce sujet est notamment développé par Adrien Varinard (Revue de l'hypnotisme expérimental et thérapeutique, 1887). Th. Ribot (cité au congrès de graphologie 1928) écrit que:

«La graphologie est une branche de la psychologie des mouvements. L'écriture comporte des mouvements conscients et des mouvements subconscients, automatiques. Ce sont les plus révélateurs des tendances profondes du caractère».

Alfred Binet (1857-1911), inventeur du quotient intellectuel, directeur du laboratoire de psychologie physiologique de la Sorbonne et collègue de Ribot, effectue à la Sorbonne des recherches sur la gra-phologie pendant au moins 15 ans. Grande figure de la psychologie expérimentale, il publie notamment:

· «Recherches expérimentales sur la physiologie des mouvements chez les hystériques», (Archives de physiologie N° 7, 1er octobre 1887), où il consacre plusieurs pages à l'écriture (pp. 320-373, et spécifiquement 337-341).
· (Avec Courtier), dans la Revue philosophique, une étude «Sur la vitesse des mouvements graphiques» (1893).
· «La graphologie et ses révélations sur le sexe, l'âge et l'intelligence», L'année psychologique, 10, 1904.
· (son travail le plus important sur la graphologie, étude menée à la Sorbonne pendant trois ans) Les révélations de l'écriture d'après un contrôle scientifique, 1906, ouvrage de 257 pp., complété par:
· Une expérience cruciale en graphologie, Revue philosophique (1907), où Binet rattache l'écriture au geste:

«L'étude de la mimique a pour elle des répondants dont l'autorité ne peut être récusée: nommons Charles Bell, Gratiolet, Darwin, Mantegazza,... Or la graphologie n'est qu'une extension de la mimique au geste scriptural».

Dès 1897, Binet écrivait:

«La graphologie, qui cherche dans l'écriture la traduction graphique des mouvements inconscients par lesquels le scripteur manifeste extérieurement ses états de conscience, nous paraît [rentrer dans] la physiologie des mouvements» (Revue philosophique, p. 67).

On trouvera des détails précieux sur les recherches graphologiques de Binet dans la bibliographie que lui a consacrée Theta H. Wolf, professeur de psychologie à l'Université de Chicago, Alfred Binet, The University of Chicago Press, 1973. L'auteur s'est servi notamment de lettres inédites et d'interviews.

Pour d'autres travaux de cette époque, on pourra parcourir la bibliographie de la thèse de médecine du Dr Pierre Boucard, La graphologie et la médecine, Paris, 1905.

Durant l'entre-deux guerres, la Société française de graphologie est présidée par un homme dont l'expérience clinique est considérable, le Dr Legrain (1860-1939), psychiatre, endocrinologue, médecin-chef de Villejuif, élève du Prix Nobel Charles Richet, qui avait plusieurs fois présidé la Société de graphologie lors des maladies du président en titre, qui intéressa nombre de médecins à la graphologie en publiant une Introduction à la graphologie dans le numéro de septembre-octobre 1930 de "L'hygiène mentale".

Le Dr Camille Streletski (+1959), psychiatre, assistant à l'hôpital Ste Anne où il connut Lacan, écrit divers articles (La graphologie scientifique, 1931) et deux ouvrages de graphologie (1929 et 1936).

De nombreuses études statistiques sortent après la guerre. L'une, monumentale par E. Caille, établit les équivalences graphologiques des trois facteurs et des huit types de Heymans-Le Senne, reposant eux-mêmes sur une vaste enquête statistique (plus de 3.000 questionnaires, soit bien plus que l'échantillon des questionnaires de personnalité utilisés aujourd'hui). Malgré son caractère scientifique, cette caractérologie (étudiée par d'autres graphologues comme les Dr René Resten et Jean Rivère) eut la vie plus courte que la graphologie, sans doute du fait que les méthodes rationalistes de la psychologie expérimentale refusent de prendre en compte l'existence de l'Inconscient et de la psychologie projective.

Une autre étude magistrale est celle d'H. de Gobineau et H. Perron, Génétique de l'écriture et Etude de la personnalité, 1954, 215 pp., préfacée par le psychologue R. Zazzo connu pour ses études sur les jumeaux. Zazzo lui-même a effectué des études graphologiques, publiées dans son principal ouvrage, Les jumeaux, le couple et la personne, PUF, 1960, pp. 146-162. Gobineau et Perron sont l'auteurs de recherches ultérieures (voir La graphologie, N° 75).

Le Dr G. Serratrice, membre de l'Académie de médecine et ancien président de la Société française de neurologie a écrit divers travaux sur l'écriture avec le Dr Habib, enseignant en neurosciences à l'Université d'Aix-Marseille et rédacteur en chef de la Revue de neurophysiologie. Les auteurs écrivent par exemple que «la signature est expressive à la fois du moi et de l'image de soi que, plus ou moins consciemment, son auteur désire donner» (p. 167), décrivent les formes d'angoisse dans l'écriture (p. 159), des caractéristiques de l'écriture des paranoïaques, des schizophrènes, etc. Tous deux sont méde-cins à l'Hôpital de la Timone à Marseille. Le Dr Serratrice est l'auteur de divers articles dans La graphologie (203, 211), décrivant la structure de l'écriture des paranoïaques, des épileptiques, etc.

Ce même Dr Serratrice est à l'origine de la création d'un cours de graphologie à l'Université d'Aix-Marseille. Par ailleurs, M. Sansen, doyen de la Faculté libre des lettres et sciences humaines de Lille, a ouvert en 1980 un Centre Universitaire d'Etudes graphologiques en collaboration avec la Société française de graphologie (Voir La graphologie, N° 184).

On doit à la Société française de Graphologie plusieurs études sur les écritures d'adulte et d'adoles-cents, notamment par rapport aux résultats scolaires, l'étude française sur les adolescents, étendue à l'Allemagne, mais bénéficiant aussi des recherches allemandes antérieures étant devenue ultérieurement une étude européenne (voir notamment les numéros 101, 105, 115, 122, 123, 128, 136, 143, 144, 145, 152, 155, 157, 158, 159, 164, 165, 188, 198, 212, 219, 223, 226, 228 et 232 de La graphologie). Des travaux similaires ont été réalisés en Allemagne et en Italie, avec une méthodologie similaire.

Le Professeur Robert Volmat (professeur de clinique neurologique et psychiatrique au CHU de Besançon) et Mme Claude. Belin ont introduit dans le service de neurologie et de psychiatrie en 1972 une pratique de ce qu'ils ont appelé la graphologie clinique, qui s'est poursuivie pendant 25 ans jus-qu'au décès du premier en 1997, et à la retraite de la seconde. Ils ont publié des résultats de ces travaux de graphologie clinique (souvent en collaboration, notamment avec le Dr Bernard Bonin de Besançon et dans La graphologie, sur des thèmes tels que l'écriture des suicidaires (147 et 149), des délinquants, comparées au Rorschach (154, 174, 185), des alcooliques (161), des déprimés en cours de traitement (176, 194, 196), des violeurs (186), de personnes sous antidépresseurs (190), de schizophrènes (194),... Le Prof. Volmat est aussi l'auteur, avec Cl. Belin et P. Bizouard, de «L'abord diagnostic des expressions graphiques et picturales», in The pathology of non-verbal communication, de Vittorino Andreali, Masson, 1981. Mme Claude Belin, qui a créé en 1973 un séminaire de graphologie au sein même du service de psychiatrie de la Faculté de Médecine de Besançon, écrit notamment:

«L'étude des techniques graphologiques suppose un long apprentissage qui inclut toutes les données de la psychologie moderne...

Nos mécanismes de défense ne sont nulle part mieux repérables que dans l'écriture...

Toutes pulsions, et leurs conflits sont visibles dans l'écriture, dans leur originalité, originellement, dans une actualisation, et au-delà dans une préfiguration du devenir» (La graphologie, N° 168, p. 51-52).

Avant d'être professeur à Besançon, le Dr Volmat avait créé en 1954 dans le service du Prof. Jean Delay (+1987) à la Clinique des Maladies mentales et de l'Encéphale (Ste Anne), et dans le cadre de la Faculté de médecine (Cochin), un Centre d'études de l'expression, siège des Société internationale et française de Psychopathologie de l'expression.

Autre utilisation de la graphologie en milieu hospitalier, celui de Christophe Niewiadomski au Centre Louis-Sevestre près de Tours (voir son mémoire de licence - mention très bien -, Alcoologie et grapho-logie, étude de la pertinence de l'introduction de l'analyse graphologique dans un centre de désinto-xication pour malades alcooliques, Université de Tours, 1992). Les écritures de dépendants (alccol, ta-bac, drogue,...) fait aussi l'objet des travaux du Dr Balette et de Michèle Auteroche au service d'al-coologie du Prof. Balmes, Faculté de Médecine de Montpellier) (La graphologie, 151, 209, 219, etc.).

Le Dr B. Golse (Médecin-Directeur de l'Unité de Psychiatrie infantile, Hôpital St Vincent de Paul, Paris) et M. de Noblens ont travaillé sur des écritures d'anorexiques (La graphologie, 188).

Citons aussi les articles du Dr Cl. Villard dans La graphologie: «Acquisitions récentes sur la schizophrénie et apports de la graphologie», «Réflexions sur l'agressivité», «L'écriture dans les états dépressifs», etc. (127, 129, 145, 147, 168, 176).

En Suisse, le Dr Aldo Calanca (médecin-chef de l'Hopital psychiatrique et universitaire de Lausanne-Cery) écrit que l'analyse graphologique «dépasse de loin le test de Rorschach», à la suite d'expériences menées dans cet hôpital entre août et novembre 1996 sur un échantillon de 165 patients, qui montre un très haut degré de concordance entre diagnostics psychiatriques et graphologiques. (http://www.icare.ch/Graphology/French/psychiatrie.html).

Un autre livre riche d'expérience clinique est Graphologie, le psychisme et ses troubles, des graphologues Christiane Bastin, criminologue (La Salpétrière, Saint-Louis, Saint-Michel, Léopold Bellan) et Denise de Castilla, médecin et psychologue (St Louis, St Michel) (Voir aussi leurs articles dans La graphologie, 116, 132, 138, 143, 145, 157, 166, 168, 176, 189, 190 et 203). Leur ouvrage est le produit d'une longue expérience en milieu hospitalier - en collaboration notamment avec les Prof. Michaux (La Salpétrière) et H. Bricaire (Cochin), lesquels collaborèrent encore en d'autres occasions avec des graphologues (voir La graphologie 132, 157). Il est préfacé par un psychiatre réputé de l'Hôpital Ste Anne, Le Dr Lôô (Université de Paris-Descartes, Faculté de Médecine Cochin-Port Royal), qui écrit que:

«L'écriture des sujets peut tout à fait refléter, exprimer, transcrire, les composantes psychopathologiques, tout comme la mimique, le débit et le contenu verbal, le comportement moteur, l'habitus général... Les auteurs... légitimement estiment que la graphologie constituent un facteur précieux pour mieux circonscrire toutes les facettes de la personnalité et ses vicissitudes conscientes et inconscientes.

En effet, l'écriture trahit involontairement le sujet qui, dans le langage oral, peut estomper, modifier, voire cacher volontairement des données.

La graphologie... peut être d'un apport considérable à l'investigation d'un sujet sous réserve de connaissances cliniques et de rigueur dont les auteurs donnent l'exemple».

L'écriture des troubles du caractère de l'enfant et de l'adolescent a été étudiée par par J. Peugeot en collaboration avec le Prof. Didier Duché (La Salpétrière) et (Voir La graphologie, 164).

La presse médicale et psychiatrique, comme la presse graphologique, rendent compte régulièrement d'autres travaux, Citons trois exemples de 1965: G. de Bissy, «Essai sur les écritures d'hystérique», Gazette médicale, 1965, N° 72; J. Gilbert-Dreyfus, «Graphologie et médecine psychosomatique», Gazette médicale de France, 1965, tome 65; H. Mottis-Planet, «La graphologie envisagée comme élément d'information dans l'orientation d'une cure psychologique», Gazette médicale, 1965, N° 72.

Citons encore J. Goldrey, La graphologie dans le psychodiagnostic des maladies mentales et contribu-tion à l'étude de la graphologie dans le psychodiagnostic des maladies mentales, thèse de doctorat, Faculté de médecine, Paris, 1961; Cl. Belin, «La graphologie en clinique psychiatrique» et F. Lefébure, «La graphologie en milieu hospitalier», in P. Faideau, La graphologie, 1983, pp. 401-419 et 383-400.

Un autre professeur de La Pitié-Salpétrière, le Dr Gilbert-Dreyfus, écrit en préface d'un ouvrage consacré au graphologue Bernard Bernson:

«J'ai eu le privilège de connaître Bernard Bernson, il y a de nombreuses années, dans mon service à l'Hôpital de la Pitié qu'il me faisait l 'honneur de fréquenter.

Grâce à lui, le profane que je suis a compris que, tout comme la médecine, la graphologie reposait sur des données scientifiques irréfutables...

J'ai si combien son enseignement... avait contribué à valoriser une science qui occupe désormais sa place dans le monde contemporain, ainsi qu'en témoigne la récente reconnaissance d'utilité publique de la Société de Graphologie».

De nombreuses études concernent également les applications de la graphologie à la sélection et à l'orientation professionnelle. Pour la revue La graphologie, les numéros 90 (les pilotes) ; 138 et 177 (les cadres), 146 (les gestionnaires), 150, 156, 164 et 215 (débutants), 163 (réinsertion des détenus; l'autorité; les chauffeurs routiers), 170 et 229 (outplacement), 177 (réussite dans l'entreprise), 183 (conducteur-receveur), 189 (capacités de direction), 196, 207 et 222 (vente), 225 (chefs d'entreprise autodidactes), 230 (aptitude au changement; engagement personnel; training consultant),...

Alfred Tajan a utilisé la graphologie dans le cadre du Centre médico-psycho-pédagogique de Tours dont il était directeur, et il est l'auteur de divers articles (La graphologie, 113, 121, 122, 130, 132, 144, 177) et ouvrages.

Une équipe de cinq graphologues de l'ouest de la France a réalisé une recherche de corrélation entre l'observation graphologique et le test GPPI de Gordon sur un échantillon de 250 personnes (La graphologie, 215). L'une des difficultés rencontrées provient du fait que le test assimile sensibilité, émotivité, anxiété et angoisse, alors que ces notions sont disciminées par la graphologie, dans une approche plus fine. Il existe d'autres travaux similaires, comme ceux de Gilbert et Chardon pour les tests Z et Guilford et Zimmerman.

En Belgique, je me permettrai de citer mes propres recherches au CEREG, comparant l'écriture et cinq tests SPV, SIV, D. Super, MBTI et Holland, sur un échantillon qui varie suivant les tests entre 60 et 320 personnes environ. Mes conclusions sur le MBTI rejoignent celles faites en France, indépendamment, par M. Jore et C. Maggiar. Les conclusions ont été publiées en français dans Le bulletin du CEREG, au Royaume-Uni dans Graphology et en italien dans Scrittura. Je les ai présentées à l'Université de Budapest, lors de journées graphologiques patronnées par le Ministère hongrois du travail. D'autres recherches sont en cours sur ce même test, notamment aux Etats-Unis et au Canada.

L'une de mes élèves, Ariane Ruhl, a fait un travail de comparaison entre l'écriture et le test D70.

Terminons par l'ouvrage le plus remarquable dans ce domaine, qui compare l'écriture et le test de Szondi, réalisé par le Dr Gille-Maisani, médecin-psychiatre, mais aussi ingénieur, et graphologue, professeur à l'Université Laval (Québec) et par F. Lefébure, attachée au laboratoire de recherches d'Anthropométrie de l'Hôpital de la Salpétrière à Paris. Ce travail a été préfacé par Szondi lui-même et a bénéficié de sa collaboration, ainsi que de celle du Professeur Cl. Van Reeth (Universités de Louvain et Paris VII). Ces divers travaux sur le test de Szondi sont corroborés par ceux faits en Suisse, notamment par le Dr Rudolf Knüssel, et par Ines Grämiger, psychologue assistante de Szondi, graphologue et psychothérapeute depuis plus de 25 ans (voir Zeitschrift für Menschenkunde, 1983/1, Szondiana, 1998-2, Congrès 1999 à l'Université de Zürich).

Une association groupant des graphologues, psychiatres et psychanalystes, le GERSAG, continue à affiner ces travaux sous l'impulsion de graphologues szondiens et du Prof. Alain Larôme (Université de Dijon), président de la Société internationale Szondi, avec la participation notamment des professeurs Schotte et Lekeuche (Univ. Louvain, UCL), Mélon (Univ. Liège), et d'autres professeurs de Paris-Dauphine, Montpellier, Besançon et Dijon. De nombreux membres de cette association ont publié des travaux significatifs, par exemple Katrina Noël, qui compare des écritures d'adolescents et leurs tests dans une perspective de réussite et d'échec scolaire. Plusieurs graphologues participent par ailleurs au séminaire szondien de l'Université de Louvain-la-neuve.

Japon

Il existe au Japon, comme en Chine, non seulement un art de la calligraphie (Sho ou Syo, suivant les transcriptions), mais une discipline analogue à la graphologie, le Bokushoku na Handan (ou Bokusyoku Handan), dont un ami szondien japonais m'a donné une traduction littérale en anglais: «Judging from brush ink (brush ink, in this case, refers to the brush stroke quality)», évaluation donc à partir de la qualité du trait.

En Europe, on connaît assez peu ces travaux, mais lorsque je suis devenu membre de la Klages-Gesellschaft, j'ai été étonné de voir le nombre de membres japonais de cette société.

La figure la plus réputée dans ce domaine est Masasuke Kuroda, professeur de psychologie (émérite depuis mars 1992) à l'Université Tohoku (Kawahuchi, Sendai), qui a développé ce qu'il appelle une graphologie à la fois physiognomonique et psychométrique; nous dirions alliage de graphologie et de graphométrie (« A memorandum on my way of graphological study», Graphological papers, Tohoku Fukushi University, 1993, p. 57). Il a étudié Klages, Michon (qui avait lui-même étudié l'écriture chinoise), Crépieux-Jamin, Saudek, et bien d'autres auteurs. Il est déjà l'auteur de deux publications en 1940: une étude biographique de personnalités historiques, et un article en allemand décrivant un appareil de son invention destiné à mesurer la vitesse et la pression du trait au pinceau (Tohoku Psychologica Folia, VIII-2, 1940). Ensuite, ses articles se succèdent, sur l'écriture et le caractère des élèves (1942), sur le calligraphe O Gisy (1943), sur la comparaison entre ce qu'il appelle méthodes subjectives (Michon, Crépieux-Jamin, Klages) et objectives (Saudek, Cantril,...) (1943), etc. Aujourd'hui, il est toujours très actif (Avec beaucoup d'humour, il m'a dit récemment au téléphone qu'il était né le 29 février 1916, et qu'il n'avait donc fêté que 20 anniversaires).

Son principal ouvrage est sans doute Sho no shinri (Psychologie de l'écriture), 1964. Il a publié divers articles en anglais, qu'il a eu la gentillesse de m'envoyer, notamment «Psychological properties of brush, & c.», Tohoku Psychologica Folia, Sendai, 1967, 26. Il a fait également diverses communication, notamment au XXème congrès international de psychologie (Tokyo, 1972), et lors de divers forums internationaux sur la calligraphie organisé par son Université (1993). Un collègue qu'il cite beaucoup comme travaillant dans le même sens que lui est S. Tsumakura, professeur à l'université Nihon de Tokyo. Malgré la différence entre les écritures japonaises et l'alphabet latin, et malgré une approche différente, le professeur Kuroda arrive à des conclusions qui confirment celles de la graphologie européenne.

Ainsi l'interruption du mouvement (dont l'angle n'est qu'une variante) est une marque de volonté rationnelle (intervention du Conscient).

L'écriture stylisée, artificielle, indique le manque de spontanéité, la dissimulation (nous dirions le Faux-Self, mais il s'exprime en termes similaires), ce qu'il a vérifié notamment en faisant passer des tests aux scripteurs, et en constatant un degré élevé de réponses différentes d'une passation à l'autre.

La simplification est un signe de sagesse, de clairvoyance, de renoncement et de résignation.

Etc.

Italie

Comme pour d'autres pays, des recherches ont commencé dès la fin du siècle dernier, par exemple celle du Dr Cesare Lombroso (1835-1909), psychiatre et l'un des pères de l'anthopologie criminelle. C'est à ce titre qu'il s'intéressa à l'écriture. En 1886, il collabore avec Richet dans le Bulletin de la société de psychologie à un article sur les modifications de l'écriture sous suggestion hypnotique. Il est l'auteur du livre Grafologia.

La revue Scrittura (N° 87-88, 1993) a publié une liste de plus de 350 thèses présentées à l'Université d'Urbino entre les années académiques 1980-81 et 1991-92 dans le cadre d'études de graphologie.

Citons en outre à titre d'exemple deux études dont nous avons pu prendre connaissance: Ricccardo Zanetti: «Scrittura e test di Rorschach», Scrittura, 35, 1980, 130-133 et celle d'un psychiatre, le Dr Renato Cocchi, sur l'utilisation de l'espace chez l'enfant déprimé, qui confirme les interprétations classiques de la graphologie sur ce point (Communication au congrès de Pesaro, 1979).

D'autres Universités italiennes organisent des cours de graphologie: LUMSA (Rome), Cosenza (Faculté des sciences de l'éducation), Lecce,...

GRAPHOLOGIE ET TESTS

Au début 1999, le professeur R. Pepermans de l'Université flamande de Bruxelles (VUB) tirait argument du fait que les résultats du questionnaire de personnalité MBTI (types de Jung) divergent des analyses graphologiques. Ce n'est pas étonnant. La graphologie relève du non-verbal, d'une expression plus spontanée parce que non soumise au filtre du Conscient et de l'Idéal du Moi. En revanche, la réponse à des questionnaires comme le MBTI est déformée par ce filtre.

«Voilà la grande erreur de toujours - s'imaginer que les êtres pensent ce qu'ils disent» (Lacan, Le séminaire, I, p. 192).

Comme le rappelle Freud, les tendances inconscientes sont souvent à l'opposé des tendances conscientes exprimables dans un questionnaire, ce qui se voit dans des mécanismes tels que le déni, le refoulement et la projection. Dans mes propres travaux, j'ai constaté que plus le sujet était introverti sur l'échelle MBTI (et Jung rappelle dans Les types psychologiques que l'introversion relève de la projection), plus les résultats du test s'écartaient de ce qu'indique l'écriture, ce qui constitue une corrélation statistique intéressante.

On trouvera ci-dessous deux exemples de ces risques de déformation du Conscient par l'Inconscient dans le test MBTI. Pour discriminer les fonctions Pensée et Sentiment de Jung, la question 6 du test MBTI demande Laissez-vous le plus souvent a) votre coeur guider votre tête ou b) votre tête guider votre coeur?, et la question 21 Donnez-vous habituellement plus d'importance a) aux sentiments qu'à la logique ou b) à la logique qu'aux sentiments? Ce genre de question est tellement cousu de fil blanc qu'on ne peut accorder qu'une valeur très relative aux réponses. Autant faire un test sur la fidélité dans le couple en demandant: Trompez-vous votre conjoint? a) oui, b) non.

L'Idéal du Moi déforme toujours dans le sens des mécanismes de défense. Ce que ma recherche a montré, c'est précisément que la graphologie est plus fiable (parce qu'hors d'atteinte de la falsification) qu'un questionnaire de personnalité qui permet cette déformation du conscient.

J'ai pu confirmer ce manque de fiabilité des questionnaires de personnalité, et ce filtre du Conscient, dans une autre recherche, où j'ai fait passer deux fois le test SPV de Gordon aux mêmes personnes, le même jour, mais avec une consigne différente (la première fois sans consigne particulière; la seconde fois en demandant à la personne de se placer mentalement dans la situation d'un demandeur d'emploi qui passe un test de recrutement pour un emploi où l'on cherche une personne ambitieuse et décidée). Les résultats changent complètement de la première à la seconde passation. La personne n'exprime donc pas ce qu'elle est, mais ce qu'elle voudrait qu'on croit qu'elle est. Et c'est loin d'être la même chose.

· Sous la première consigne, l'un des six facteurs du test, le facteur A (Ambition), vient en moyenne en 6ème et dernière position, avec une moyenne de 45%.
· Sous la seconde consigne, ce facteur passe de la 6ème à la 1ère place, avec une moyenne de 63,6%.
· Inversement, le facteur V (Besoin de variété) passe de la 1ère à la 6ème place (de 53,3% à 38,4%).
· Si l'on sort des moyennes, il y a des cas individuels surprenants, comme ce fonctionnaire peu ambitieux qui passe d'un score de 21% à 74% pour ce facteur A.

La pensée obsessionnelle se rassure de chiffres et de décimales, de pourcentages, de classements et de mesures, cherchant à quantifier le qualitatif, les traits de caractère, à saisir La vérité, mais on voit à la petite expérience ci-dessus, facile à répéter, que ces tests n'apportent pas cette objectivité tant désirée par la pensée obsessionnelle. Certains pensent que les tests sont scientifiques parce qu'ils utilisent des chiffres ou des mesures qui ont un côté superficiellement rassurant, mais l'astrologie aussi multiplie les calculs pour se donner des airs scientifiques. Et avant Galilée, chacun a, de même, pu mesurer que c'était bien le soleil qui tournait autour de la terre. Ce qui fonde un caractère scientifique, ce n'est pas la mesure, le quantifié, c'est notamment la publication de la méthode afin que chacun puisse recommencer l'expérience.

Autre enseignement significatif de la recherche du CEREG sur ce test SPV: un sous-échantillon constitué de fonctionnaires présentait de manière inattendue un besoin de variété supérieur aux autres professions. L'explication qui se dégage à l'examen graphologique, est que ces personnes ont un désir de stabilité qui est suffisamment rencontré par leur statut, peut-être au-delà de ce qu'ils souhaitent, ce qui explique qu'il n'apparaît plus dans le test. Inversement, l'un des chiffres les plus bas de l'échantillon pour le désir de variété était celui d'une traductrice italienne divorcée d'un danois, travaillant à Luxembourg 15 jours par mois et vivant en famille au Danemark et en Italie les 15 autres jours, tout en faisant de la musique, de la graphologie et une formation de thérapeute Gestalt. L'écriture montre un besoin fondamental de variété, mais ce besoin est satisfait dans la vie, et même au-delà du nécessaire, et n'a donc plus à s'exprimer dans les réponses au questionnaire du test, d'où ce score très bas du test qui ne correspond pas à la personne.

Je terminerai par une illustration qui concerne le test SDS de Holland, largement utilisé en orientation scolaire par les centres psycho-médico-sociaux. Il y a quelques années, un étudiant de 17 ans, hésitant entre le droit et l'histoire, se vit remettre le verdict du test par la psychologue dite scientifique: le facteur Entrepreneurial du test étant "trop bas", cette psychologue, sans même un entretien avec lui, exclut les études de droit, et recommande «technicien de laboratoire» ou «réparateur de télévision», professions pour laquelle il n'avait pourtant montré aucun intérêt, mais qui se trouvait correspondre aux chiffres du «petit manuel» du test. Sur base notamment de son écriture, je lui ai suggéré de ne pas tenir compte de cet avis. Et il s'en porte très bien, puisqu'il est aujourd'hui avocat, ayant réussi brillamment chacune de ses années, parce que c'est cela qui le motivait, non réparer des téléviseurs.

J'expliquais cela un jour à l'un de mes clients, réviseur d'entreprise, qui m'a répondu en riant: «Ah, moi aussi: le psychologue m'a dit que je devais devenir plafonneur»! Ne peut-on frémir en pensant que des parents ont pu barrer l'accès des études à leurs enfants, parce qu'un psychologue qui prédit l'avenir a estimé, sur base d'un unique test, et sans aucun entretien, qu'il ne réussirait pas?

LA GRAPHOLOGIE, LES PSYCHANALYSTES ET LES PHILOSOPHES: L'ECRITURE, TRACE DE L'INCONSCIENT

L'écriture est un geste spontané qui échappe à l'emprise de la volonté, un geste fossile (la trace d'un geste, dit Lacan, un geste enregistré disent Pierre Janet et le philosophe H. Bergson) donc sauvé de l'éphémère.

«La psychologie a besoin de fixer l'action. Mais quand on pense à vos études, on éprouve une agréable surprise, vous avez entre les mains un admirable instrument de fixation, d'immobilisation du temps,... vous étudiez un acte qui s'enregistre pendant qu'il se fait... Vos études sont donc analogues à celles des psychologues, mais quelle est la relation qui existe entre elles? Cette relation n'est pas tout à fait celle que vous croyez. La psychologie.. a besoin de vous au lieu que vous ayiez besoin d'elle» (Dr Pierre Janet, allocution au congrès de graphologie de 1928, cité par le Dr Menard, L'écriture et le subconscient, 2ème éd., 1951, p. 45).

La supériorité du geste graphique sur les test de personnalité sous forme de questionnaires passant par le filtre du langage s'explique à partir de ce qu'en dit Lacan avec insistance:

Le geste est signifiant, parole vraie, contrairement au discours, au signifiant, qui est "leurre" [Ecrits, p. 337], "semblant par excellence" [Le séminaire, XVIII, 12.5.71], ou encore:

«Un geste humain est du côté du langage et non de la manifestation motrice... La parole... [est] dans le registre de la méprise, de l'erreur, de la tromperie, du mensonge» [Le séminaire, I, 280, 285, Commentaire de Lacan sur St Augustin].

C'est ce qu'Hocquart, précurseur de la graphologie, écrivait dès 1812:

«Lorsque nous parlons, c'est presque toujours sous l'effet de la volonté. Il n'en est pas de même du geste, qui est souvent involontaire. C'est pourquoi il est plus facile de tromper par la parole; tandis que le geste qui nous échappe porte l'empreinte de la vérité. Le langage des passions consiste principalement dans les mouvements qui accompagnent la parole» (L'art de juger du caractère des hommes sur leur écriture par Edouard Hocquart, tournaisien émigré à Paris et auteur du tout premier livre de graphologie).

De nombreux psychanalystes attestent de la validité de la graphologie, non pas sur base de statistiques, mais sur base de leur clinique. Freud a même écrit que l'écriture est plus vraie que les rêves (S. Freud-L. Binswanger, Correspondance 1908-1938, Calmann-Lévy, lettre du 2 octobre 1910).

Quoi d'étonnant, puisque la psychanalyse et la graphologie klagésienne partagent bien des influences, notamment celle des théories de Darwin (Expression of Emotion in Humans and Animals), enseignées à Freud par Brücke, son professeur de physiologie. En 1924, dans Sigmund Freud raconté par lui-même, ce dernier cite «la doctrine de Darwin parmi les premières influences qui ont conribué à mes propres travaux psychanalytiques». Pour plus de détails, voir le livre de Lucille B. Ritvo, L'ascendant de Darwin sur Freud.

Klages en caractérologie et en graphologie, comme Freud en psychanalyse, reprennent le thème darwinien des forces antagonistes, et son principe d'expression (expression du psychisme dans le corps: mimique, intonation de voix, geste, et traces - comme l'écriture - laissées par ce mouvement). Le lien somatique-psychique (Leib-Seele) souligné par Klages répond d'ailleurs en écho à l'un des piliers de la théorie psychanalytique:

«La vie intérieure se révèle dans les mouvements du sujet qu'elle anime, et dans leurs traces durables» (L. Klages, Les principes de la caractérologie», 1950, p. 12).

«Le corps parle» (S. Freud, Études sur l'hystérie, 1895, PUF, 3ème édition, p. 117).

«Par langage, on ne doit pas comprendre simplement l'expression des pensées et des mots, mais aussi le langage des gestes, et toute autre espèce d'expression de l'activité psychique, comme l'écriture» (S. Freud, L'intérêt de la psychanalyse, in Résultats, idées, problèmes, 1913, tome I, PUF, p. 198).

Sur ce point, tous les courants de la psychologie et de la psychiatrie s'accordent: la psychologie comportementaliste rejoint la psychanalyse, comme nous l'avons vu dans l'extrait d'Allport plus haut, et de son côté, le professeur Henri Wallon, Directeur du Laboratoire de psychologie de l'enfant, puis professeur au Collège de France, souligne lui aussi l'intrication entre la motricité et le caractère. L'avantage de l'écriture sur la mimique, le geste, l'intonation de voix, c'est sa permanence.

«Il y a identité du contenu psychique et de son expression... [et l'écriture] est le domaine priviliégié de l'expression» (Dr Daumezon, Travaux du Service d'admission de l'Hôpital Ste Anne).

Freud a pratiqué la graphologie, et confié à Jung des commentaires sur la personnalité de Ferenczi. Et Jung de conseiller même Ferenczi sur les livres de graphologie:

«En ce qui concerne la graphologie, on peut recommander le livre de Crépieux-Jamin, ainsi que celui de Laura Meyer (d'Albertini). Ce dernier est encore meilleur» (voir la correspondance Jung-Ferenczi dans la revue psychanalytique Le Coq-héron, N° 123).

Freud a aussi invité Klages, philosophe fondateur de la graphologie allemande, à la Société psychana-lytique de Vienne, peu après la parution du premier ouvrage de Klages (1910) (Voir Les premiers psychanalystes. Minutes de la Société psychanalytique de Vienne, 25 octobre 1911, Gallimard).

V. Tausk, l'un des plus brillants freudiens de la première génération, répond à Klages que la graphologie ne fait que confirmer ce qu'enseigne la psychanalyse, à savoir que "l'Inconscient s'exprime, et que tout moyen lui est bon pour cela". Mais il regrette que Klages n'ait étudié la psychanalyse que de manière superficielle. Pour lui (Sachs ira dans le même sens), "il aurait été souhaitable qu'il se familiarise avec la psychanalyse et l'Inconscient, ce qui lui aurait permis d'aller plus loin et d'en dire davantage sur les détails méthodologiques [de la graphologie], qui sont valables et intéressants".

Stekel expose qu'il tente depuis des années de déduire des caractéristiques sexuelles de l'écriture, malheureusement sans grand résultat dit-il, mais constate quand même que l'écriture de ses patients en analyse se modifie. Inversant les rôles, Stekel tente même d'analyser l'écriture de Klages.

Reitler constate que "mainte chose que l'orateur a considérée comme une expression de l'écriture ressemble beaucoup à nos actes manqués".

Pour Sadger (par ailleurs spécialiste des pathographies d'écrivains):

«On peut très bien concevoir l'écriture comme un acte symptomatique. Des changements d'écriture durant la puberté sont très fréquents; d'ordinaire, ils revêtent la forme frappante de l'écriture renversée. Comme l'orateur l'a expliqué, cela indique une rébellion de nature révolutionnaire».

Rosenstein fait d'autres remarques en faveur de Klages, comme Freud, qui dit son intérêt pour la graphologie dont il souligne l'analogie avec les problèmes rencontrés en psychiatrie.

Lacan montre que l'homme ne s'exprime pas seulement par la parole, mais de manière plus authentique par la communication non-verbale: geste, attitude, mimique, mouvement... La parole parle "partout où elle peut se lire" [Lacan, Ecrits, pp. 19-20, 296-297, 337, 353]: "Je parle avec mon corps, et ceci sans le savoir. Je dis donc toujours plus que je n'en sais". Cet inter-dit se "dit entre les mots, entre les lignes" [Le séminaire, XX 15.5.1973]. L'écriture est la trace d'un geste signifiant. Elle relève non seulement du symbolique, mais aussi d'un réel non symbolisé, d'un retour du refoulé qui vient surgir à la surface [Le séminaire, V 11.6.58; XVIII 12.5.1971; XIX 15.12.71]. La parole, la vérité du sujet "émerge... de temps en temps, dans les interstices du discours" [Le séminaire, XVI 11.12.1968], derrière le masque de l'énoncé: "c'est la façon qu'a l'Inconscient de procéder" [Le séminaire, XXIII, 16.3.1976]. "La vérité et la vie... [sont] des envers de discours» [Le séminaire, XVI 11.12.68]. "La parole que le sujet émet va, sans qu'il le sache, au-delà de ses limites de sujet discourant... Une parole émerge qui dépasse le sujet discourant" [Le séminaire, I 293-4].

«Au delà de ce que le langage articule et qui s'appelle discours, c'est quelque chose qui, prenant tous les actes du sujet, aurait cette sorte d'équivalence au langage qu'il y a dans ce qu'on appelle un geste, car le geste n'est pas seulement un mouvement bien défini, le geste est signifiant... C'est une parole... mais... une parole au sens entièrement cryptographique, inconnue du sujet quant au sens; encore qu'en somme il la prononce par tout son être par tout ce qu'il manifeste [Le séminaire, V 25.06.1958]».

C'est dans l'Inconscient que le sujet parle [Le séminaire, II 15.12.1954]: l'écriture est

"une trace [NB Lacan emploie le même mot que Klages] où se lit un effet de langage. C'est ce qui se passe quand vous gribouillez quelque chose... Quand vous gribouillez et moi aussi, c'est toujours une page et c'est avec des lignes, et nous voilà plongés dans l'histoire des dimensions" [Le séminaire, XX 15.5.1973].

Nous projetons nos schémas objectifs, perceptifs, dans un espace réduit aux dimensions de la surface qu'exige l'écrit [Le séminaire, XIX 9.2.1972, XX 30.3.1973] où les vides "sont aussi signifiants que les pleins" [Ecrits, p. 392].

Le mouvement peut être centrifuge s'il traduit le désir de l'homme [Le séminaire, V 23.4. 1958], centripète lorsque le sujet appréhende quelque chose [Le séminaire, VII 9.12.1961],...

Lacan accorde tant de foi à la graphologie qu'il fait analyser l'écriture d'Aimée étudiée dans sa thèse de doctorat.

Il met comme Freud (Psychopathologie de la vie quotidienne; Psychanalyse et théorie de la libido; Court abrégé de psychanalyse) sur le même pied lapsus linguae et lapsus calami:

«Au niveau de l'inconscient... ça parle... Achoppement, défaillance, fêlure. Dans une phrase prononcée, écrite, quelque chose vient à trébucher. Freud est aimanté par ces phénomènes, et c'est là qu'il va chercher l'inconscient» [Le séminaire, XI 22.1.64]. C'est l'artefact du discours [Le séminaire, XVIII 13.1.1971], "le lapsus, c'est à dire... les choses sérieuses" [Le séminaire, XIX 9.1.1972].

[Tout acte manqué est un acte réussi, et c'est dans le lapsus qu'un] "bon entendeur y trouve son salut" [Ecrits, 268]. "Nos actes manqués sont des actes qui réussissent,... Ils révèlent une vérité de derrière" [Le séminaire, I 292].

Indépendamment de ces ratages révélateurs, Lacan (qui étudie aussi la calligraphie chinoise) signale la portée de la personnalisation de l'écriture par rapport au modèle calligraphique:

«ce qui s'en élide [de l'écriture] dans la cursive où le singulier de la main écrase l'universel... Ce singulier peut appuyer une forme plus ferme... L'important, c'est ce qu'il y ajoute» [Le séminaire, XVIII 12.5.1971].

Le philosophe Alain dit la même chose en d'autres termes:

«L'homme qui écrit, écrit toute sa nature; il suit le modèle commun, mais il a sa manière propre de le suivre. L'idée de lire un caractère dans l'écriture est donc une idée juste» (Alain, Sentiments, passions et signes).

Le geste signifiant est aussi abordé par W. Reich: geste stéréotypé (affect gelé), etc.

Mélanie Klein observe chez le petit Fritz des rapprochement à propos de la dimension phallique du I, pronom de la première personne en anglais. Les nombreuses fautes d'orthographe de Fritz avaient pour origine des fantasmes sur les lettres, qui disparurent avec l'analyse (M. Klein, Essais de psychanalyse, PUF, pp. 95-96, 125-126, 135).

Rosine de Goursag, psychanalyste à Paris, est l'auteur de divers travaux graphologiques, notament sur le narcissisme, parfois en collaboration avec Julia Kristeva (voir La graphologie, 177, 211, 214). Elle fut l'invitée du CEREG à Bruxelles.

On connait les travaux considérables de J. de Ajurriaguerra et ses deux tomes L'écriture de l'enfant, en collaboration avec sept autres graphologues (1964), qui a fait l'objet de divers compléments ultéri-eurs (voir Antoinette Muel, La graphologie, N° 125-126 et A. Tajan, La graphomotricité, PUF, 1982). A. Muel est l'auteur de Mon enfant et ses dessins, Ed. Universitaires, 1974 (voir notament pp. 21-43).

Un autre psychanalyste, et psychiatre, S. Tisseron, professeur à l'Université de Paris-Censier, s'intéresse au gribouillis et au trait et relève dans Genesis que:

«L'écriture n'y est plus envisagée comme un système de signes dont le signifiant et le signifié seraient à la fois identiques à ceux du langage verbal et adaptés à un autre mode d'inscription. Le signifiant scriptural y est envisagé à part entière, indépendamment des phonèmes qu'il transcrit. Ce questionnement de l'organisation particulière de l'espace que le texte organise accepte l'éventualité que le signifiant scriptural puisse être associé à des signifiés différents de ceux que le langage parlé articule». Voir S. Tisseron, "Préalable à une recherche psychanalytique sur le trait", Psychanalyse à l'université, 2, 42, Paris, PUF, 1986; "All writing is drawing", Yale french studies, N° 84, Yale University press, 1993; "Fonction du corps et du geste dans le travail d'écriture", Genesis, 8 (1995).

Adler a écrit en 1934 un article sur le gribouillis dans l'Internationale Zeitschrift für individuelle Psychologie. En France, le Régis Viguier, docteur en psychologie, ancien vice-président de la Société adlérienne et auteur du Que sais-je? sur Adler, pratique la graphologie depuis de nombreuses années (voir sa collaboration dans la revue La graphologie, avril 1999).

Nous avons évoqué Jung plus haut. Parmi les jungiens, citons seulement cinq noms.
· Werner Klosinski, en Allemagne, graphologue et psychothérapeute jungien à la tête de l'Institut für Psychotherapie und Tiefenpsychologie de Stuttgart, est l'auteur d'un test qui porte son nom, et dont il a contrôlé lui-même les recherches de correspondance avec l'écriture.
· Ania Teillard-Mendelssohn, allemande d'origine, qui compléta sa formation d'analyste avec Jung lui-même, étudia et enseigna la graphologie (elle fut l'élève de Klages et de Pulver) et publia quatre ouvrages de graphologie et divers articles, en Allemagne puis en France. A sa mort (1978), elle était vice-présidente de la Société (jungienne) de psychologie analytique. Hommage lui fut rendu comme analyste et comme graphologue dans Les cahiers de psychologie jungienne (N° 17) par L. Aurigemma et par C. Coblence pour qui «l'équilibre ou l'ambivalence entre les deux pôles conscient-inconscient... se reflètent visiblement dans l'écriture».

· Claude Bourreille, analyste à Paris et auteurs de nombreux articles de graphologie comparant l'écriture et les types de Jung (voir La graphologie, 153, 162, 178, 185, 190 et 214).

· J.Ch. Gille-Maisani, psychiatre, analyste jungien, ingénieur et graphologue, est l'auteur de livres et d'articles trop nombreux que pour être cités.

· Le Dr Gaetano Rizzo, psychiatre et analyste jungien, président de la section Calabre de l'Association graphologique italienne, auteur lui aussi de nombreux articles.

CONCLUSIONS et REFLEXIONS FINALES

La graphologie relève en partie du non verbal, de ce que les anglo-saxons appellent le body language. Elle est l'étude d'un geste fossile, donc sauvé de l'éphémère, matérialisée dans un trait, sur un support-papier, cadre spatial de référence, espace de projection; elle examine les variations individuelle que le geste, le mouvement, fait subir inconsciemment à l'universel, au support-code de l'alphabet (forme), élément le plus normatif de l'écriture. Ce geste peut être affirmé, mou, tendu, inhibé, etc. La graphologie est ainsi d'une nature analogue à d'autres techniques projectives utilisées en psychologie et reposant sur d'autres codes: gribouillis, dessin de l'arbre, des étoiles et des vagues, de la famille,... Cette parenté amène d'ailleurs les auteurs du test de l'arbre, Karl Koch (Le test de l'arbre), dans sa version initiale, et R. Stora, dans une seconde version, à faire constamment référence à la graphologie (voir articles de Renée Stora dans La graphologie, 174, 187, 189 et 197). Koch était directeur de l'Institut psychotechnique de Lucerne. D'autres auteurs ont aussi écrit sur ce thème: Daniel Wildlöcher, L'interprétation des dessins d'enfant, 1965, Errigo Pedon («I segni curvo ed angoloso nel disegno e in grafologia», Scrittura, 1978, 28, 171-1711), James H. Miller, «Analogies between Graphoanalysis and the Draw-a-Person Test», Impact, 12, 1-4, 1975),... Les recherches de Nicole Boille ont confirmé ces corrélations entre test de l'arbre et écriture (Congrès de Pesaro, 1979).

J'ai plusieurs fois demandé à des psychologues sceptiques, comme le Prof. Bruyer, s'il contestait la validité de ces tests, très voisins de la graphologie dans leur nature, mais sans jamais obtenir de réponse.

La graphologie étudie la prise de possession d'un discours apparent par la parole vraie de l'Inconscient, celle du sujet, qui s'empare du trait, du geste, de la forme et de l'espace. Le tout reste un mi-dire, selon l'expression de Lacan, la vérité d'un sujet restant toujours en partie hors d'atteinte.

Demander à la graphologie de dire la vérité ultime, «scientifique», sur un sujet, c'est lui demander ce que même les sciences de la nature n'atteignent pas. En physique, et plus particulièrement en mécanique des fluides, la météorologie, appuyée aujourd'hui par des ordinateurs surpuissants et des modèles mathématiques n'aboutit pas à une prédictibilité parfaite. Comment imaginer que le psychisme humain, infiniment plus complexe que l'atmosphère terrestre, puisse être mis en équation? S'il est une dimension scientifique dans la méthode graphologique, c'est en même temps un art de l'appréciation, comme dans tout diagnostic.

C'est en effet constament que je vois en hôpital psychiatrique des psychiatres et des psychologues qui hésitent devant un diagnostic. La médecine ne cesse pas d'être scientifique parce qu'elle est en même temps un art de guérir, une appréciation subjective sur un sujet.

Il y a eu de tout temps des courants différents parmi les psychologues (comme parmi les graphologues, les philosophes, les économistes,...). Quand j'étais à l'université, j'ai eu cours avec le professeur de Montpellier, qui limitait la psychologie à Watson, à Pavlov, au mesurable et au quantifiable. Mais dans la même faculté de psychologie, la professeur (aujourd'hui émérite) R. Berte enseignait les rudiments de la graphologie à ses étudiants. Le débat n'oppose donc pas psychologie et graphologie, mais deux courants parmi les psychologues eux-mêmes.

Ainsi ce débat existe aussi entre deux écoles d'interprétation du Rorschach: celle de J.E. Exner qui prône la scientificité des indices qu'il a dégagés de son Résumé Formel (psychogramme) et celle de l'Université Paris V qui défend une approche psychanalytique (et donc éminemment clinique) du test (voir les ouvrages de Catherine Chabert, psychanalyste et professeur à Paris V chez Dunod).

Il est normal que ces courants existent, qu'on puisse avoir une sensibilité plus clinique ou plus rationaliste, mais à ceux qui voient tout en noir et blanc, qui condamnent la graphologie de manière pamphlétaire au nom d'une idélologie scientiste sans consulter les sources, parce que leur opinion a priori est faite, ceux-là, à qui je dédie cette petite recherche, devraient s'interroger sur leur propre rapport à l'objectivité scientifique.

Pour moi, qui ai commencé à étudier la graphologie il y a plus de 20 ans, la graphologie est un outil projectif remarquable si on le compare à d'autres techniques psychologiques, ce qui ne veut pas dire qu'il faille l'idéaliser et s'abstenir de la faire progresser.